Le tatouage en tant que construction identitaire imposée

Au cours de l'histoire, certains individus ont été marqués de manière forcée, essentiellement dans un processus de déshumanisation. Le tatouage a notament servit à des fins punitives. Le tatouage forcé et punitif étant un moyen d'exclure l'individu de la société, c'est un marqueur social. Il est question de déshumaniser le tatoué (un opposant à l'ordre religieux, politique ou social, un esclave, un délinquant, un criminel..). Le tatouage a également eu un rôle lors de la seconde guerre mondiale.

 

Les tatouages à des fins punitives

 

En Grèce Antique, dans leurs coutumes, les Perses réservaient le tatouage aux notables. Les Grecs, en guerre avec les Perses, ont rejeté les pratiques de leurs ennemis en limitant cette pratique à des fins de marquages punitifs des prisonniers et esclaves. Les esclaves étaient marqués au milieu du front pour empêcher toute dissimulation. Le tatouage réglementaire était une chouette, symbole de la valeur monétaire d'un objet ou d'un esclave.

 

En Rome Antique, on tatouait les esclaves, les voleurs, les criminels et les hérétiques. Les esclaves étaient marqués entre les deux yeux par un tatouage représentant la première lettre du nom de leur maître. Les esclaves de l'Empire Romain voulant se rebeller pouvaient alors être tatoués « Je suis un esclave qui a essayé d'échapper à son maître. » Les généraux romains ont étendu cette pratique du tatouage aux mercenaires. C'est à Rome qu'on a donné au tatouage son premier nom occidental : stigma (en français stigmate), la marque d'infamie. Les autorités romaines utilisaient alors le tatouage sur les condamnés comme sanction définitive en remplacement de la brûlure au fer rouge. Le sort des voleurs quant à lui, s'améliora au IVème siècle, lorsque l'Empereur Constantin décréta que les condamnés seraient uniquement tatoués sur les jambes ou les mains et non sur le visage, car ce qui es créé à l'image de Dieu doit rester vierge.

Esclave tatoué. (Photo tirée de "Spartacus : Blood and Sand")

 

En France, jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, la marque sur le corps est la sanction d'un crime. Le Code noir de Colbert publié fin XVIIème siècle, indique le marquage des esclaves fugitifs d'une fleur de lys comme signe de propriété de leur maître. La fleur de lys est également d'usage en ce qui concerne les prostituées. En 1687, le roi autorise le tatouage sur la joue des soldats abusant des instances militaires. Sous Louis XV, il s'inscrit sur l'épaule, puis est abolie en 1791 avant d'être rétablie en 1810 par Napoléon. En France, ce marquage sera définitivement abolie en 1852.

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Au Japon, entre 300 et 600 après JC, les motifs des tatouages commencèrent à avoir des connotations négatives. Au lieu d'être utilisé pour des rituels comme les traditions des Aïnous, le tatouage servait à punir les criminels. Dès le Vème siècle cette punition remplaça l'amputation du nez et des oreilles, en vigueur auparavant. Le criminel était marqué d'un cercle autour du bras pour chaque infraction ou d'un caractère sur son front.  Le but était de marquer l'individu à vie. Le tatouage des criminels a continué jusqu'en 1870 avant d'être abolit par le gouvernement.

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Tatouage japonais

 

Considéré comme une offense perpétrée sur le corps, le tatouage en Chine était une pratique méprisée. A certains moments de l'histoire chinoise, le tatouage fut utilisé pour marquer les criminels. Selon F. Borel « En Chine, le tatouage figurait parmi les cinq punitions aux côtés de la mort, de la castration, de l'amputation du nez et des pieds. Le tatouage fonctionne alors comme une marque humiliante et comme une indication publique facilement discernable ». Le marquage corporel punitif était pratiqué au niveau du visage et était suivi de l'exil vers une terre lointaine. Le tatouage punitif créa une nouvelle classe d'exilés. Cette forme de punition portait le nom de Pei Ci : tatouage / exil.

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Tatouage chinois

 

Les tatouages durant la seconde guerre mondiale

 

Pendant la seconde guerre mondiale, les nazis mettent en place un système de tatouage pour les juifs et autres détenus du camp de concentration et d'extermination d’Auschwitz. Les déportés sont tatoués, le plus souvent sur l'avant bras gauche et à l'intérieur du poignet, à partir du printemps 1942, d'un numéro matricule, dès leur entrée dans les camps. Ceux qui n'étaient pas marqués à leur arrivée par les SS étaient condamnés à l'exécution. Les prisonniers tatoués cessent alors d'être des individus caractérisés par une identité propre et ne deviennent que de simples numéros, marqués comme du bétail, dans un processus de déshumanisation. L'atteinte à l'individu est d'autant plus importante pour les Juifs religieux car le tatouage est contraire à un principe de la Torah interdisant toute modification irréversible du corps.

 

Tatouage camps de concentretion 300x200

 

En France, nombreux sont les survivants des camps de concentration à avoir conservé cette marque comme preuve de leur survie, comme témoignage de cette horreur et en honneur aux disparus. D'autres ont choisi de se débarrasser de cette marque pour « effacer » l'infamie, la honte et l'avilissement subie. De nombreuses femmes ont eu la tête rasée et une croix gammée peinte au goudron sur le front pour avoir eu des relations sexuelles avec des allemands ou pour avoir fait preuve de collaboration économique avec l'ennemi (preuve se limitant souvent à de simples dénonciations). Parfois on allait jusqu'à leur tatouer une croix gammée sur le crâne.

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